Un raid en raquettes et pulka sur l’île de Baffin relie en général Qikiqtarjuaq à Pangnirtung (Nunavut, Canada) en traversant le parc national Auyuittuq par le col Akshayuk, long d’environ 97 km, et les fjords gelés. Il se pratique surtout en mars-avril, par des températures pouvant descendre sous −30 °C, et demande deux à trois semaines, une grande autonomie et une préparation au risque d’ours polaire.
- L’île de Baffin est la plus grande île du Canada et la cinquième plus grande île du monde ; elle fait partie du territoire du Nunavut.
- Le parc national Auyuittuq couvre environ 19 000 km² sur la péninsule de Cumberland ; son nom signifie en inuktitut « la terre qui ne fond jamais ».
- Le col Akshayuk, axe de la traversée, mesure environ 97 km entre les fjords de Pangnirtung et de North Pangnirtung.
- Le mont Thor possède la plus haute paroi verticale du monde, environ 1 250 m.
- Parcs Canada impose l’enregistrement des visiteurs et une séance d’orientation avant toute sortie dans l’arrière-pays.
Sommaire
- L’île de Baffin, un joyau de l’Arctique
- Le parc national Auyuittuq, un paradis pour les aventuriers
- Qu’est-ce qu’un raid en raquettes et pulka ?
- L’itinéraire de Qikiqtarjuaq à Pangnirtung par le col Akshayuk
- Quelle est la meilleure période pour partir ?
- Quels sont les dangers d’un raid à Baffin ?
- Comment organiser son raid en raquettes et pulka sur Baffin ?
- Se préparer avant de tenter Baffin
- Une aventure polaire à la mesure de sa préparation
Fjords gelés, glaciers suspendus, parois de granit parmi les plus hautes du monde : le parc national Auyuittuq, sur l’île de Baffin, offre certains des paysages grandioses et sauvages les plus spectaculaires de l’Arctique canadien. En hiver, on le traverse en raquettes ou à ski, en tirant une pulka chargée de tout le matériel de survie.
Ce raid s’adresse à des randonneurs très expérimentés, capables de vivre plusieurs semaines en autonomie par grand froid. La rédaction présente ici l’itinéraire classique entre Qikiqtarjuaq et Pangnirtung, la meilleure période, les dangers et la préparation nécessaire. Certaines erreurs fréquentes sur ce trek, reprises de la version précédente de cet article, ont été corrigées.
L’île de Baffin, un joyau de l’Arctique
L’île de Baffin est la plus grande île du Canada et la cinquième plus grande île du monde, avec environ 507 000 km². Elle fait partie du territoire du Nunavut, peuplé majoritairement d’Inuits, et sa plus grande partie s’étend au nord du cercle polaire arctique.
Ses paysages alternent fjords profonds, glaciers, montagnes escarpées et banquise. La faune y est typique de l’Arctique : ours polaires, renards arctiques, caribous, lièvres arctiques, phoques et, dans les eaux côtières, narvals. Contrairement à une idée répandue, le bœuf musqué n’est pas présent à l’état naturel sur l’île.
La vidéo ci-dessous montre les paysages de la région :

Le parc national Auyuittuq, un paradis pour les aventuriers
Le parc national Auyuittuq s’étend sur environ 19 000 km² dans la péninsule de Cumberland, au sud-est de l’île de Baffin, de part et d’autre du cercle polaire. Son nom signifie en inuktitut « la terre qui ne fond jamais », en référence à ses glaces permanentes.
Le parc englobe une partie des monts Baffin, qui appartiennent à la cordillère Arctique, et la calotte glaciaire Penny, d’environ 6 000 km², d’où descendent de nombreux glaciers. Il abrite des sommets mythiques pour les alpinistes :
- Le mont Thor, dont la face ouest, haute d’environ 1 250 m, est considérée comme la plus haute paroi verticale du monde.
- Le mont Asgard, reconnaissable à ses deux tours cylindriques au sommet plat.
Qu’est-ce qu’un raid en raquettes et pulka ?
Un raid en pulka consiste à parcourir une longue distance sur la neige en tirant une pulka, un traîneau relié au randonneur par un harnais, qui transporte tente, sac de couchage, réchaud, combustible et nourriture. Ce mode de progression permet d’emporter plusieurs dizaines de kilos sans les porter sur le dos.
Les raquettes évitent de s’enfoncer dans la neige et apportent de l’adhérence sur les pentes ; certains groupes préfèrent les skis de randonnée nordique, plus rapides sur la glace des fjords. Pour choisir le bon modèle, voir notre dossier tout sur la raquette à neige.
Ce type d’aventure demande une excellente condition physique et mentale : températures pouvant descendre sous −30 °C, vent, blizzard et isolement total. Les secours sont très éloignés et peuvent être retardés de plusieurs jours par la météo.
L’itinéraire de Qikiqtarjuaq à Pangnirtung par le col Akshayuk
L’itinéraire classique relie les communautés inuites de Qikiqtarjuaq, au nord, et Pangnirtung, au sud, en traversant la péninsule de Cumberland par le col Akshayuk. Ce col porte le nom d’Etuangat Aksayuk, un aîné inuk de Pangnirtung, et constitue l’unique grand corridor de traversée du parc.
| Fiche pratique | Données |
|---|---|
| Départ | Qikiqtarjuaq (île Broughton, Nunavut) |
| Arrivée | Pangnirtung (Nunavut) |
| Distance | Environ 200 km au total, dont environ 97 km pour le col Akshayuk |
| Point haut | Secteur du lac Summit, environ 400 à 500 m d’altitude |
| Durée | Deux à trois semaines selon la météo et le rythme |
| Difficulté | Très difficile : froid extrême, autonomie totale, ours polaires |
| Balisage | Aucun ; navigation à la carte et au GPS |
| Meilleure période | Mars-avril pour le raid pulka ; juillet-août pour le trek à pied |
Les fjords gelés
Depuis Qikiqtarjuaq, on rejoint l’entrée du fjord North Pangnirtung sur la banquise, sur plusieurs dizaines de kilomètres ; ce tronçon est souvent parcouru en motoneige avec un prestataire local. On peut y observer des phoques et, parfois, des traces d’ours polaire.
La vallée de la rivière Owl et le lac Summit
À l’entrée du parc, on remonte la vallée de la rivière Owl, bordée de parois et de glaciers qui descendent de la calotte Penny. L’itinéraire ne traverse pas la calotte elle-même, mais longe et franchit parfois le front ou les moraines de glaciers, comme le glacier Turner, où les crevasses demandent une grande vigilance. Le secteur du lac Summit, point culminant de la traversée, offre la vue sur le mont Asgard.
La vallée de la rivière Weasel
Au sud du col, la vallée de la rivière Weasel passe au pied du mont Thor et de sa paroi vertigineuse, avant d’atteindre Overlord, à l’entrée du parc côté sud. Il reste alors à rejoindre Pangnirtung par la glace du fjord du même nom, sur une trentaine de kilomètres. Le village est réputé pour son artisanat inuit, notamment la tapisserie et l’estampe.
Quelle est la meilleure période pour partir ?
Pour un raid en pulka, la meilleure période va de mars à avril : les jours rallongent nettement, la glace des fjords est solide et les températures, quoique très basses, sont moins extrêmes qu’au cœur de l’hiver.
L’été n’est pas impraticable, contrairement à ce que l’on lit parfois : en juillet et août, le col Akshayuk se parcourt à pied, et c’est même la saison la plus fréquentée. Il faut alors franchir des rivières glaciaires parfois dangereuses, et l’accès par les fjords se fait en bateau une fois la glace partie. Les périodes de débâcle, au printemps et au début de l’été, rendent en revanche l’accès difficile.
Quels sont les dangers d’un raid à Baffin ?
Les principaux dangers sont le froid extrême, le blizzard, l’isolement, les crevasses et les ours polaires.
- Froid et vent : le refroidissement éolien accentue le risque de gelures ; une surveillance mutuelle du visage et des extrémités est indispensable.
- Blizzard : il peut immobiliser un groupe plusieurs jours ; il faut prévoir des jours de réserve en nourriture et en combustible.
- Ours polaires : présents surtout près des côtes et des fjords ; les consignes de Parcs Canada doivent être suivies scrupuleusement.
- Crevasses et rivières : aux abords des glaciers, la progression se fait encordé si nécessaire.
Avant toute sortie dans l’arrière-pays, Parcs Canada impose l’enregistrement et une séance d’orientation, ainsi qu’un désenregistrement au retour. Les droits d’accès et les conditions en vigueur se vérifient directement auprès du parc.
Comment organiser son raid en raquettes et pulka sur Baffin ?
L’organisation d’un raid sur Baffin se prépare plusieurs mois à l’avance : accès aérien, matériel grand froid, autorisations et, le plus souvent, encadrement.
- L’accès : on rejoint Iqaluit, capitale du Nunavut, par avion depuis Ottawa ou Montréal, puis Qikiqtarjuaq et, au retour, Pangnirtung par des vols régionaux. Les hébergements dans les deux villages sont limités et se réservent tôt.
- Le matériel : tente quatre saisons résistante au vent, sac de couchage grand froid, réchaud à essence, vêtements en couches, moufles, masque, lunettes de glacier, crème solaire, pulka solide et raquettes ou skis. Nos conseils pour choisir une tente pour une randonnée de plusieurs jours aident à sélectionner l’abri.
- La sécurité : trousse de secours, GPS, balise de détresse et téléphone ou messager satellite, le réseau mobile étant absent en dehors des villages.
- L’alimentation : par grand froid, les besoins énergétiques augmentent fortement ; des rations riches en lipides et faciles à préparer sont indispensables. Voir nos conseils pour bien se nourrir en randonnée.
- L’encadrement : sans expérience solide de l’autonomie polaire, il est recommandé de partir avec une agence spécialisée et un guide, souvent accompagné d’un prestataire inuit pour les tronçons en motoneige.
Se préparer avant de tenter Baffin
Avant de viser Baffin, il est sage d’acquérir de l’expérience sur des raids plus accessibles : traversées en raquettes et pulka dans le Jura ou le Vercors, puis raids nordiques en Scandinavie. Une randonnée polaire autour de Kiruna, en Laponie suédoise, est une bonne étape intermédiaire. Consultez aussi un médecin avant un effort prolongé par grand froid.
Une aventure polaire à la mesure de sa préparation
Traverser le parc national Auyuittuq en raquettes et pulka, c’est parcourir l’un des derniers grands espaces sauvages accessibles à pied, entre fjords gelés et parois de granit. L’expérience est exceptionnelle, mais elle ne laisse aucune place à l’improvisation : période, matériel, encadrement et consignes de Parcs Canada conditionnent la réussite et la sécurité du raid.
Questions fréquentes
Quelle est la meilleure période pour un raid pulka à Baffin ?
La période la plus favorable pour un raid à ski ou en raquettes avec pulka va de mars à avril : les jours rallongent, la neige et la glace des fjords sont stables. L’été, en juillet-août, la traversée du col Akshayuk se fait à pied, avec des passages de rivières glaciaires ; ce n’est plus un raid pulka, mais un trek classique.
Quelle est la distance entre Qikiqtarjuaq et Pangnirtung ?
La traversée complète, fjords gelés compris, représente environ 200 km selon le tracé et les conditions de glace. Le col Akshayuk lui-même mesure environ 97 km. Une partie des fjords est souvent parcourue en motoneige avec un prestataire local, ce qui raccourcit la marche.
Y a-t-il des ours polaires dans le parc Auyuittuq ?
Oui, des ours polaires fréquentent le parc, surtout près des côtes et des fjords. Parcs Canada informe les visiteurs sur les mesures de prévention lors de la séance d’orientation obligatoire. Les groupes s’organisent en général avec un guide local, des moyens de dissuasion et une surveillance du camp.
Faut-il un guide pour traverser le parc Auyuittuq ?
Un guide n’est pas obligatoire, mais il est vivement recommandé pour un raid hivernal. L’isolement, le froid extrême, le blizzard, les crevasses près des glaciers et la présence d’ours polaires exigent une grande expérience de l’autonomie en milieu polaire. Des agences spécialisées proposent des départs encadrés.
Sources et liens utiles
Article rédigé et mis à jour par la rédaction de Randonnée Montagne à partir de sources publiques (offices de tourisme, parcs, fédérations, données fabricants). Les conditions en montagne changent vite : vérifiez toujours la météo, l’état des sentiers et la réglementation locale avant de partir. Notre charte éditoriale.
