Une étude de l’université de Leicester, publiée en 2022 dans Communications Biology à partir des données de plus de 400 000 adultes de la UK Biobank, associe une allure de marche rapide (plus de 6,4 km/h) à des télomères plus longs. L’écart avec les marcheurs lents équivaut à environ 16 ans d’âge biologique à la cinquantaine. C’est une association, pas une promesse de rajeunissement.
- L’étude de l’université de Leicester (2022) repose sur les données de plus de 400 000 participants de la UK Biobank.
- Les marcheurs rapides (plus de 6,4 km/h environ) avaient des télomères leucocytaires plus longs que les marcheurs lents (moins de 4,8 km/h).
- L’écart observé équivaut à environ 16 ans d’âge biologique à l’âge moyen, selon les auteurs.
- Il s’agit d’une étude observationnelle : elle ne prouve pas qu’accélérer fasse « rajeunir » de 16 ans.
- L’OMS recommande 150 à 300 minutes d’activité d’intensité modérée par semaine chez l’adulte, la marche rapide en faisant partie.
Sommaire
Marcher d’un bon pas pourrait être associé à un vieillissement biologique plus lent. C’est ce que suggère une étude de l’université de Leicester, au Royaume-Uni, publiée en 2022 dans la revue Communications Biology. Ses auteurs ont observé que les personnes qui marchent vite ont des télomères plus longs que celles qui marchent lentement.
Le chiffre retenu par les médias, « 16 ans de moins », a souvent été présenté comme une promesse de rajeunissement. La réalité est plus nuancée. Cet article explique ce que l’étude a réellement mesuré, ce qu’elle ne prouve pas, et comment intégrer une marche plus soutenue dans vos sorties, en ville comme en randonnée.
Qu’est-ce que l’âge biologique ?

L’âge biologique désigne l’état de vieillissement de l’organisme, estimé à partir de marqueurs mesurables, par opposition à l’âge chronologique, qui compte simplement les années. Deux personnes du même âge peuvent ainsi présenter des marqueurs très différents.
Les télomères, un marqueur du vieillissement
Les télomères sont des séquences d’ADN situées aux extrémités des chromosomes. Ils les protègent lors de chaque division cellulaire et raccourcissent progressivement avec l’âge. Dans l’étude de Leicester, les chercheurs ont mesuré la longueur des télomères dans les globules blancs (télomères leucocytaires).
Des télomères plus courts sont associés, dans la littérature scientifique, à un risque plus élevé de certaines maladies liées à l’âge, notamment cardiovasculaires. Mais ils ne sont qu’un indicateur parmi d’autres : la longueur des télomères ne résume pas à elle seule l’état de santé d’une personne.
Pour replacer la marche dans un cadre plus large, voir aussi notre dossier sur les bienfaits de la randonnée sur la santé.
Que montre l’étude de Leicester sur la marche rapide ?

L’étude montre une association entre allure de marche habituelle et longueur des télomères : plus l’allure déclarée est rapide, plus les télomères sont longs. Elle s’appuie sur les données de plus de 400 000 adultes de la UK Biobank, une vaste base de données de santé britannique.
Les participants ont indiqué leur allure de marche habituelle, et une partie d’entre eux a porté un accéléromètre au poignet pour mesurer l’intensité réelle de leur activité quotidienne. Les auteurs ont distingué trois catégories.
| Catégorie | Allure | Résultat observé |
|---|---|---|
| Marche lente | moins de 3 mph, soit environ 4,8 km/h | télomères les plus courts |
| Marche régulière | 3 à 4 mph, soit environ 4,8 à 6,4 km/h | situation intermédiaire |
| Marche rapide | plus de 4 mph, soit environ 6,4 km/h | télomères les plus longs |
D’où vient le chiffre de 16 ans ?
Selon les auteurs, l’écart de longueur des télomères entre marcheurs lents et marcheurs rapides équivaut à environ 16 ans d’âge biologique à l’âge moyen de la vie. Autrement dit, un marcheur rapide de 50 ans présente, en moyenne, des télomères comparables à ceux d’une personne nettement plus jeune qui marcherait lentement.
Intensité ou quantité ?
Les chercheurs ont noté que l’intensité de l’activité semblait plus liée à la longueur des télomères que le volume total d’activité. Cela ne signifie pas que la quantité ne compte pas : les recommandations de santé publique restent fondées sur un volume hebdomadaire d’activité.
Ce que l’étude ne prouve pas
L’étude ne prouve pas qu’accélérer le pas fasse rajeunir de 16 ans. Il s’agit d’une étude observationnelle : elle mesure des associations dans une population, pas l’effet d’une intervention sur des individus.
- Causalité incertaine : les personnes en meilleure santé marchent peut-être plus vite parce qu’elles sont en meilleure santé. Les auteurs ont utilisé une méthode génétique (randomisation mendélienne) qui plaide pour un effet de l’allure sur les télomères, mais ce type d’analyse a lui aussi ses limites.
- Allure déclarée : pour la majorité des participants, la vitesse de marche a été estimée par un questionnaire, et non mesurée.
- Population spécifique : les participants de la UK Biobank sont des adultes britanniques d’âge moyen, en moyenne en meilleure santé que la population générale.
- Un seul marqueur : la longueur des télomères ne mesure pas à elle seule l’espérance de vie ni le risque de maladie.
Pourquoi marcher plus vite est-il bon pour la santé ?

La marche rapide est une activité d’intensité modérée qui sollicite davantage le cœur et les muscles qu’une promenade. L’Organisation mondiale de la santé recommande aux adultes 150 à 300 minutes d’activité modérée par semaine, et la marche rapide est l’un des moyens les plus simples d’y parvenir.
Effets sur le cœur et la respiration
À allure soutenue, la fréquence cardiaque et la respiration s’accélèrent. Pratiquée régulièrement, cette sollicitation entretient la capacité cardiorespiratoire, un facteur important de santé à long terme.
Effets sur les muscles et l’équilibre
Marcher vite mobilise davantage les muscles des jambes, des fessiers et du tronc, et entretient la coordination. Chez les randonneurs plus âgés, ce travail complète utilement les exercices d’équilibre, comme ceux de notre routine de 10 minutes pour limiter les chutes après 60 ans.
Comment savoir si l’on marche assez vite ?

Le repère le plus simple est le test de la parole : à allure rapide, vous pouvez parler par phrases courtes, mais pas chanter. La respiration s’accélère nettement sans être essoufflée.
- Vitesse : environ 6 km/h et plus sur terrain plat, soit 1 km en 10 minutes environ.
- Cadence : autour de 100 pas par minute ou plus est souvent citée comme seuil d’une marche d’intensité modérée chez l’adulte.
- Montre ou application : un chronomètre sur une distance connue suffit ; une montre GPS donne une allure en temps réel.
Comment intégrer la marche rapide en randonnée et au quotidien ?

Le plus efficace est d’intégrer des séquences de marche soutenue dans des déplacements déjà existants, puis de les allonger progressivement.
| Moment | Idée | Durée indicative |
|---|---|---|
| Matin | trajet vers le travail ou les transports à allure vive | 10 à 15 min |
| Midi | courte boucle autour du lieu de travail | 10 min |
| Soir | promenade avec 2 ou 3 accélérations | 15 à 20 min |
| Week-end | randonnée avec portions soutenues sur le plat | selon la sortie |
En montagne, raisonner en intensité
En randonnée de montagne, la vitesse en km/h perd son sens avec le dénivelé. Mieux vaut raisonner en intensité ressentie : accélérer sur les portions faciles, garder une allure régulière en montée et ne jamais sacrifier la sécurité dans les passages techniques ou en descente. Des méthodes structurées, comme la marche par intervalles d’inspiration suédoise, peuvent servir d’entraînement entre deux sorties.
Progresser sans se blesser
- Échauffez-vous 5 minutes à allure normale avant d’accélérer.
- Augmentez la durée des séquences rapides d’une semaine à l’autre, pas brutalement.
- Portez des chaussures amorties et adaptées au terrain.
- En cas de maladie cardiovasculaire, de douleurs articulaires ou après une longue période d’inactivité, demandez l’avis de votre médecin avant d’intensifier votre activité.
Pour ceux qui suivent leurs pas, notre article sur le temps réellement nécessaire pour faire 10 000 pas par jour aide à situer cet objectif par rapport à l’intensité.
Ce qu’il faut retenir
L’étude de Leicester apporte un argument de plus en faveur de la marche rapide : sur plus de 400 000 adultes, les marcheurs vifs présentent des télomères plus longs, avec un écart équivalent à environ 16 ans d’âge biologique. Ce n’est pas une cure de jouvence garantie, mais une bonne raison d’ajouter quelques minutes d’allure soutenue à ses marches et à ses randonnées, progressivement et selon sa forme.
Questions fréquentes
Marcher vite fait-il vraiment rajeunir de 16 ans ?
Non, pas au sens littéral. L’étude de Leicester observe que les marcheurs rapides ont des télomères plus longs, avec un écart équivalent à environ 16 ans d’âge biologique par rapport aux marcheurs lents. C’est une association statistique : elle suggère un effet favorable de la marche rapide, sans garantir un rajeunissement individuel.
Qu’est-ce que les télomères ?
Les télomères sont des séquences d’ADN situées à l’extrémité des chromosomes, qui les protègent lors des divisions cellulaires. Ils raccourcissent avec l’âge, et leur longueur est utilisée comme l’un des marqueurs du vieillissement biologique. Ce n’est toutefois qu’un indicateur parmi d’autres.
À partir de quelle vitesse parle-t-on de marche rapide ?
Dans l’étude de Leicester, la marche rapide correspond à plus de 4 miles par heure, soit environ 6,4 km/h, et la marche lente à moins de 3 miles par heure, soit environ 4,8 km/h. En pratique, une marche rapide permet de parler mais pas de chanter, et fait légèrement accélérer la respiration.
Peut-on marcher vite en randonnée en montagne ?
En montagne, la vitesse horizontale n’a pas beaucoup de sens à cause du dénivelé et du terrain. Mieux vaut raisonner en intensité ressentie : des séquences plus soutenues sur les portions faciles, en gardant une allure régulière en montée. Les personnes ayant des problèmes cardiaques ou articulaires demanderont l’avis de leur médecin.
Sources et liens utiles
Article rédigé et mis à jour par la rédaction de Randonnée Montagne à partir de sources publiques (offices de tourisme, parcs, fédérations, données fabricants). Les conditions en montagne changent vite : vérifiez toujours la météo, l’état des sentiers et la réglementation locale avant de partir. Notre charte éditoriale.
