Le GR20 fait renoncer de nombreux randonneurs parce qu’il cumule environ 180 km, 10 000 à 12 000 m de dénivelé positif et un terrain rocheux très technique, sur 15 ou 16 étapes sans vrai répit. Les principales causes d’abandon sont la fatigue accumulée, les blessures aux pieds et aux genoux, les orages et une préparation ou un équipement insuffisants.
- Le GR20 traverse la Corse sur environ 180 km entre Calenzana et Conca, avec un point culminant vers 2 600 m à la pointe des Éboulis.
- Aucune statistique officielle ne mesure le taux d’abandon ; l’idée qu’une part importante des randonneurs renonce est largement répandue mais non chiffrée de façon fiable.
- Le cirque de la Solitude est fermé depuis l’éboulement qui a coûté la vie à sept randonneurs en juin 2015 ; une variante le contourne.
- Les orages de l’après-midi et le brouillard rendent dangereuses les crêtes et brèches exposées, comme la brèche de Capitello.
- Vizzavona, à mi-parcours et desservi par le train, permet de s’arrêter proprement ou de ne faire qu’une moitié du GR20.
Sommaire
- Qu’est-ce qui rend le GR20 si difficile ?
- Quels sont les pièges météorologiques du GR20 ?
- Pourquoi la fatigue fait-elle abandonner sur le GR20 ?
- Quelles erreurs mènent le plus souvent à l’abandon ?
- Quels sont les passages les plus redoutés du GR20 ?
- Comment mettre toutes les chances de son côté sur le GR20 ?
- Le GR20, un défi à la portée des randonneurs préparés
Le GR20 est un sentier de grande randonnée d’environ 180 km qui traverse la Corse du nord au sud, de Calenzana à Conca. Parcouru classiquement en 15 ou 16 étapes, il cumule de l’ordre de 10 000 à 12 000 m de dénivelé positif selon les sources et les variantes, et passe pour l’un des GR les plus exigeants d’Europe.
Chaque été, plusieurs milliers de randonneurs se lancent, et une partie d’entre eux s’arrête avant Conca. Aucune statistique officielle ne mesure ce taux d’abandon : les chiffres qui circulent, souvent « un sur trois », sont des estimations. Les causes, en revanche, sont bien connues des gardiens de refuge et des accompagnateurs.
Cet article passe en revue ce qui rend le GR20 si difficile, les erreurs les plus fréquentes et les stratégies pour aller au bout. Pour évaluer votre niveau avant de partir, consultez aussi notre article sur le niveau nécessaire pour réussir le GR20.
Qu’est-ce qui rend le GR20 si difficile ?

Le GR20 est difficile parce qu’il associe un dénivelé cumulé très important, un terrain rocheux technique et une succession d’étapes sans vraie journée facile. Ce n’est pas tant la distance totale qui use que l’intensité de l’effort, répétée jour après jour.
Des chiffres qui donnent la mesure
Avec environ 180 km et plus de 10 000 m de dénivelé positif, la moyenne dépasse 600 m de montée par étape, souvent accompagnés d’autant de descente. L’altitude varie d’environ 250 m à Conca à près de 2 600 m à la pointe des Éboulis, point culminant du tracé actuel.
Ces écarts d’altitude entraînent de fortes variations de température dans une même journée : chaleur écrasante dans le maquis, vent frais et parfois froid sur les crêtes. Il faut adapter en permanence ses couches de vêtements et sa gestion de l’effort.
Un terrain qui ne pardonne pas l’inattention
Le relief corse est fait de granite, de pierriers instables, de dalles polies et d’arêtes. Chaque pas demande de la précision, ce qui ralentit la progression et fatigue les muscles stabilisateurs des chevilles, des genoux et du dos.
Plusieurs passages demandent de s’aider des mains, et certains sont équipés de chaînes ou de câbles. Ils sont techniquement accessibles à un randonneur expérimenté, mais l’exposition au vide déstabilise les marcheurs peu habitués à ce type de terrain.
Comment le GR20 se compare-t-il aux autres grands GR ?
Le tableau ci-dessous compare le GR20 à deux autres grands itinéraires de montagne français. Les valeurs sont arrondies et varient selon les variantes empruntées.
| Critère | GR20 (Corse) | Tour du Mont-Blanc (Alpes) | GR54, tour de l’Oisans et des Écrins |
|---|---|---|---|
| Distance | environ 180 km | environ 170 km | environ 175 km |
| Dénivelé positif | environ 10 000 à 12 000 m | environ 10 000 m | environ 12 000 m |
| Durée classique | 15 à 16 étapes | 10 à 11 étapes | environ 12 étapes |
| Terrain | très rocheux, passages équipés | sentiers bien tracés, quelques passages raides | cols élevés, pierriers |
| Ravitaillement | refuges et quelques cols routiers | refuges, villages et stations | refuges et villages |
Le TMB offre plus de possibilités de ravitaillement et d’échappatoires, ce qui explique sa réputation de trek plus accessible. Pour comparer, voyez notre article sur le Tour du Mont-Blanc en 5 jours.
Quels sont les pièges météorologiques du GR20 ?

Le principal piège météo du GR20 est l’orage de l’après-midi, fréquent en été sur les reliefs corses. Il se forme vite et transforme une crête ou une brèche exposée en zone dangereuse, notamment à cause de la foudre et des dalles devenues glissantes.
Orages, brouillard et foudre
Le brouillard peut aussi s’installer brusquement et compliquer l’orientation sur des terrains déjà complexes, même si le balisage blanc et rouge est dense. Sur les arêtes, la foudre impose parfois une retraite rapide vers le refuge précédent.
La règle est simple : partir tôt, pour franchir les passages exposés le matin, et consulter chaque jour le bulletin de Météo-France montagne ou l’affichage des refuges. Nos conseils pour se protéger d’un orage en randonnée détaillent les bons réflexes.
La neige en début de saison
En juin, voire début juillet après un hiver enneigé, des névés peuvent subsister sur les secteurs d’altitude du nord. Durcis par le regel nocturne, ils rendent certains passages délicats sans matériel adapté.
Renseignez-vous auprès du Parc naturel régional de Corse ou des gardiens avant le départ sur l’état du sentier. Une glissade sur neige dure peut avoir des conséquences graves, dans des secteurs où l’intervention des secours se fait souvent par hélicoptère.
Pourquoi la fatigue fait-elle abandonner sur le GR20 ?

La fatigue accumulée est l’une des premières causes d’arrêt sur le GR20. Jour après jour, les petits traumatismes s’additionnent : ampoules, douleurs aux genoux, tendons sollicités, sommeil parfois médiocre en dortoir ou sous la tente.
Cette fatigue diminue la concentration, ce qui augmente le risque de chute et d’erreur d’itinéraire. Le moral suit souvent la même pente, surtout après une ou deux journées de mauvais temps.
Le sentiment d’engagement
Entre certains cols routiers, le GR20 n’offre pas de sortie simple : on ne quitte pas le sentier en une heure. Ce sentiment d’engagement pèse sur les randonneurs habitués à des treks ponctués de villages.
Connaître à l’avance les points de sortie aide à relativiser. Les principaux sont Haut-Asco, Castel di Vergio, Vizzavona (desservi par le train Ajaccio–Bastia), le col de Verde et Bavella, tous accessibles par la route.
Quelles erreurs mènent le plus souvent à l’abandon ?
Les erreurs les plus fréquentes sont une préparation physique insuffisante, un sac trop lourd, un équipement inadapté et un planning trop ambitieux. Toutes peuvent être anticipées.
Sous-estimer la préparation physique
Beaucoup de randonneurs s’engagent avec l’expérience de sorties à la journée, pensant qu’elle suffira. Sur le GR20, l’enchaînement des étapes et la technicité du terrain révèlent vite les manques, souvent dès les deux ou trois premiers jours entre Calenzana et Haut-Asco.
L’entraînement avec le sac chargé est indispensable : porter 10 à 14 kg sur des dalles et des pierriers n’a rien à voir avec une sortie en sac léger.
Partir avec un équipement inadapté
Les chaussures sont l’élément critique : elles doivent offrir maintien, protection et adhérence sur le rocher. Des modèles trop souples ou usés souffrent vite sur le granite corse. Notre guide pour choisir ses chaussures pour les longues randonnées aide à faire le bon choix.
Le matériel de sécurité n’est pas optionnel : frontale, couche chaude, veste imperméable, couverture de survie et trousse de secours. À l’inverse, un sac surchargé de « au cas où » épuise sur les montées.
Les principales causes d’arrêt et comment les prévenir
| Cause d’arrêt fréquente | Prévention |
|---|---|
| Fatigue physique accumulée | Préparation de trois à six mois, planning réaliste, une journée de marge |
| Blessures (ampoules, genoux, chevilles) | Chaussures rodées, bâtons, soins des pieds chaque soir, proprioception |
| Mauvaises conditions météo | Départs matinaux, bulletin quotidien, équipement pluie et froid |
| Découragement | Expérience préalable de trek, objectifs d’étape, possibilité de ne faire qu’une moitié |
| Budget ou logistique mal anticipés | Réservations en refuge, espèces, ravitaillements identifiés |
Pour le volet financier, notre guide du budget à prévoir sur le GR20 détaille les postes de dépense.
Quels sont les passages les plus redoutés du GR20 ?

Les passages les plus redoutés se trouvent dans le nord : le secteur entre Haut-Asco et Tighjettu, et la brèche de Capitello entre Manganu et Petra Piana.
Le cirque de la Solitude et sa variante
Le cirque de la Solitude a longtemps été le passage emblématique du GR20 : une descente très raide équipée de chaînes, puis une remontée tout aussi exposée. En juin 2015, un éboulement y a coûté la vie à sept randonneurs. Le passage a ensuite été retiré du tracé officiel.
Le GR20 relie désormais Haut-Asco à Tighjettu par une variante d’altitude qui passe par la pointe des Éboulis, vers 2 600 m. Moins vertigineuse, elle reste longue, très minérale et exigeante, en particulier par mauvais temps. La vidéo ci-dessous montre l’ambiance de ces secteurs rocheux.

La brèche de Capitello
La brèche de Capitello, vers 2 225 m, est une étroite échancrure dans la crête qui domine les lacs de Capitellu et de Melo. Son approche se fait sur un terrain rocheux où les chutes de pierres sont possibles, et le passage est souvent balayé par le vent.
Par beau temps, c’est l’un des plus beaux panoramas du GR20. Par orage ou brouillard, mieux vaut attendre au refuge de Manganu ou de Petra Piana que s’y engager.
Comment mettre toutes les chances de son côté sur le GR20 ?

Réussir le GR20 repose sur une préparation adaptée, une gestion régulière de l’effort et un planning qui laisse de la marge. Les randonneurs qui vont au bout ne sont pas forcément les plus rapides, mais ceux qui gèrent le mieux leur récupération.
Une préparation physique spécifique
- Trois à six mois de préparation, avec des sorties longues en montagne chaque semaine.
- Des week-ends de deux ou trois jours consécutifs avec dénivelé et sac chargé.
- Du renforcement des chevilles, des genoux et du tronc, et du travail d’équilibre.
Nos conseils pour se préparer à une randonnée donnent les bases d’une progression sans blessure. En cas de doute sur votre santé, demandez l’avis de votre médecin.
Gérer l’effort et la récupération
La régularité compte plus que la vitesse : un rythme soutenable dès le premier jour évite l’épuisement des étapes suivantes. Chaque soir, soignez vos pieds, mangez suffisamment, hydratez-vous et couchez-vous tôt.
Écoutez les signaux du corps : une douleur de tendon qui s’installe se traite mieux après une demi-journée de repos qu’au terme de trois étapes de plus.
Se préparer mentalement et prévoir un plan B
Fixer des objectifs intermédiaires, d’un refuge à l’autre, rend le défi plus abordable. Prévoir dès le départ la possibilité de s’arrêter à Vizzavona, ou de ne faire que le GR20 Nord ou le GR20 Sud, enlève une grande part de la pression.
En cas d’accident, composez le 112 : les secours en montagne sont assurés en Corse par le PGHM et la sécurité civile. Laissez votre itinéraire à un proche et respectez la réglementation du Parc, qui interdit le bivouac hors des aires prévues.
Le GR20, un défi à la portée des randonneurs préparés
Le GR20 n’est pas un piège, mais un itinéraire qui ne pardonne pas l’improvisation. Les abandons tiennent le plus souvent à une préparation insuffisante, à un sac trop lourd ou à un planning trop serré, bien plus qu’à un manque de volonté. Avec de l’entraînement, un équipement adapté et une marge dans le calendrier, la traversée jusqu’à Conca devient un objectif réaliste.
Pour organiser votre traversée, retrouvez aussi nos conseils pratiques pour le GR20 et notre sélection de refuges de montagne en Corse.
Questions fréquentes
Combien de randonneurs abandonnent le GR20 ?
Il n’existe pas de statistique officielle du taux d’abandon sur le GR20. Des estimations circulent, souvent autour d’un randonneur sur trois ou un sur quatre, mais elles ne reposent pas sur un comptage publié. Les gardiens de refuge constatent surtout des arrêts à Haut-Asco, Castel di Vergio et Vizzavona.
Pourquoi le GR20 est-il si difficile ?
Le GR20 combine un dénivelé cumulé très important, un terrain granitique fait de pierriers, de dalles et de passages équipés de chaînes, et une météo de montagne changeante. Chaque étape demande plusieurs heures d’effort sans réelle journée de repos, ce qui accumule la fatigue.
Le cirque de la Solitude est-il toujours sur le GR20 ?
Non. Après l’éboulement de juin 2015 qui a fait sept morts, le passage du cirque de la Solitude a été retiré du tracé officiel. Le GR20 relie désormais Haut-Asco à Tighjettu par une variante d’altitude passant par la pointe des Éboulis.
Quelle préparation pour réussir le GR20 ?
Prévoyez trois à six mois de préparation avec des sorties longues en montagne, du dénivelé répété sur plusieurs jours et des entraînements avec le sac chargé. Travaillez aussi l’équilibre et le renforcement des chevilles et des genoux, et demandez l’avis de votre médecin en cas de doute sur votre santé.
Peut-on faire le GR20 sans expérience ?
C’est déconseillé. Le GR20 n’est pas un premier trek : il faut avoir déjà enchaîné plusieurs jours de randonnée en montagne avec du dénivelé et être à l’aise sur un terrain rocheux où l’on s’aide des mains. À défaut, le GR20 Sud, un peu moins technique, ou un accompagnement par un professionnel sont des options plus sûres.
Sources et liens utiles
Article rédigé et mis à jour par la rédaction de Randonnée Montagne à partir de sources publiques (offices de tourisme, parcs, fédérations, données fabricants). Les conditions en montagne changent vite : vérifiez toujours la météo, l’état des sentiers et la réglementation locale avant de partir. Notre charte éditoriale.
