Entre le 21 juin et le 23 juillet 2025, 83 personnes sont mortes dans la montagne italienne, selon le Corps national de secours alpin et spéléologique (CNSAS). Parmi les facteurs avancés : une fréquentation record, des itinéraires techniques banalisés par les réseaux sociaux, un terrain plus instable avec le réchauffement et la chaleur. Une préparation sérieuse reste la meilleure protection.
- Selon le CNSAS, 83 personnes ont perdu la vie dans la montagne italienne entre le 21 juin et le 23 juillet 2025.
- La surfréquentation de certains sites crée des files d’attente sur terrain exposé, des dépassements risqués et des chutes de pierres provoquées par d’autres randonneurs.
- Les photos partagées sur les réseaux sociaux montrent rarement la difficulté, la météo ou l’équipement nécessaire.
- Le réchauffement accentue les éboulements et modifie certains itinéraires plus vite que les topos et les applications ne sont mis à jour.
- Consulter la météo de montagne, un topo récent et les gardiens de refuge avant de partir reste le meilleur réflexe.
Sommaire
L’été 2025 a été particulièrement meurtrier dans la montagne italienne. Selon le Corps national de secours alpin et spéléologique (CNSAS), 83 personnes ont perdu la vie entre le 21 juin et le 23 juillet 2025, des Alpes occidentales aux Dolomites, toutes activités de montagne confondues.
Ce bilan, relayé par la presse italienne et européenne, a relancé un débat déjà ancien : la fréquentation record des sites les plus célèbres, en partie alimentée par les réseaux sociaux, rend-elle la montagne plus dangereuse ? La rédaction fait le point sur les facteurs de risque identifiés par les secouristes et sur les réflexes qui permettent de randonner plus sûrement.
Les constats valent bien au-delà de l’Italie : les massifs français, des Alpes aux Pyrénées, connaissent les mêmes phénomènes de concentration sur quelques itinéraires « viraux ».
Pourquoi la surfréquentation augmente-t-elle les risques ?

Des sentiers saturés et des bouchons sur terrain exposé
Sur certains itinéraires célèbres, l’afflux de randonneurs crée de véritables files d’attente. Les conséquences sont très concrètes : dépassements hasardeux, attentes prolongées sur des vires exposées, pression pour avancer malgré la fatigue ou une météo qui se dégrade.
La présence de nombreux marcheurs au-dessus de soi augmente aussi le risque de chutes de pierres déclenchées involontairement, notamment dans les couloirs et les pierriers.
Un faux sentiment de sécurité
Voir beaucoup de monde sur un sentier peut donner l’impression qu’il est facile. Les randonneurs peu expérimentés risquent alors de s’engager sans le niveau, l’équipement ou l’horaire adaptés, en comptant implicitement sur les autres en cas de problème.
| Type de risque | Faible fréquentation | Forte fréquentation |
|---|---|---|
| Chutes de pierres | Surtout d’origine naturelle | S’y ajoutent celles provoquées par d’autres randonneurs |
| Dépassements | Rares | Fréquents, parfois sur terrain exposé |
| Gestion du temps | Rythme choisi | Attentes, précipitation, retards sur l’horaire |
| Secours | Alerte parfois plus tardive faute de témoins | Alerte rapide, mais secours très sollicités |
Quel rôle jouent les réseaux sociaux ?

Une montagne esthétisée
Les réseaux sociaux mettent en avant les images les plus spectaculaires. Une photo de sommet ou de lac au lever du soleil ne dit rien de la météo du jour, de la technicité de l’accès, du dénivelé réel ou de l’équipement nécessaire. Certains lieux deviennent ainsi des destinations à photographier plus qu’à parcourir. Notre enquête sur la randonnée la plus instagrammée des Pyrénées illustre ce phénomène côté français.
Des itinéraires techniques banalisés
Des mentions comme « facile » ou « accessible à tous » reprennent souvent l’expérience d’une personne entraînée, par beau temps. Elles peuvent attirer des débutants sur des sentiers qui demandent un pied sûr, une bonne condition physique, voire du matériel spécifique.
L’information numérique et ses limites
Les secouristes italiens ont aussi mis en garde contre une confiance excessive dans les applications et les assistants d’intelligence artificielle, dont les réponses ne tiennent pas compte de l’état réel du terrain le jour de la sortie. Consulter la météo spécialisée, un topo récent et l’avis des gardiens de refuge reste irremplaçable : c’est ce que la préparation traditionnelle a toujours imposé, et ce que l’immédiateté numérique fait parfois oublier.
Le changement climatique rend-il la montagne plus instable ?

Plus d’éboulements
Le réchauffement accentue la dégradation du permafrost et le recul des glaciers en haute montagne. Des parois autrefois cimentées par la glace deviennent instables, et les chutes de pierres et écroulements se multiplient, en particulier lors des vagues de chaleur.
Des sentiers qui changent
Érosion, crues et éboulements modifient le tracé ou la difficulté de certains sentiers. Ces évolutions ne sont pas toujours répercutées rapidement dans les guides, les applications ou les publications en ligne : un itinéraire décrit comme facile il y a quelques années peut désormais comporter des passages délicats. Les fermetures temporaires annoncées par les communes et les parcs doivent être respectées.
Pourquoi la chaleur est-elle sous-estimée en montagne ?

Un effort plus dur qu’en plaine
Lors des vagues de chaleur, l’effort en montagne devient une vraie épreuve pour l’organisme : déshydratation, hyperthermie et baisse de lucidité peuvent se cumuler. Sur les crêtes, les pierriers et les dalles exposées plein sud, le rayonnement direct et la réverbération accentuent la sensation de chaleur. Les malaises, notamment cardiaques, font partie des causes d’intervention les plus fréquentes des secours. Nos conseils pour protéger son cœur en randonnée par forte chaleur détaillent les bons réflexes.
Adapter l’horaire et l’eau
Par forte chaleur, le départ à l’aube est essentiel, alors que les publications inspirantes insistent plutôt sur les lumières du soir. Prévoyez au moins 2 à 3 litres d’eau par personne pour une demi-journée et davantage sur terrain exposé. Les repères ci-dessous sont indicatifs et à adapter à votre itinéraire.
| Conditions | Départ conseillé | Eau à prévoir (demi-journée) |
|---|---|---|
| Terrain ombragé, altitude modérée | Tôt le matin | Environ 2 L par personne |
| Crêtes exposées, haute altitude | À l’aube | Environ 3 L par personne |
| Pierriers, dalles, versants sud | À l’aube, retour avant midi | 3 L ou plus par personne |
| Vigilance canicule orange ou rouge | Report ou itinéraire court et ombragé | Sortie déconseillée |
Comment randonner plus sûrement en montagne ?

Préparer avec des sources fiables
Le meilleur antidote aux images trompeuses reste une préparation rigoureuse : topo détaillé et récent, bulletin météo de montagne consulté la veille et le matin, informations des parcs nationaux et des offices de tourisme, appel au gardien du refuge. Croiser plusieurs sources officielles permet de se faire une idée juste de la difficulté.
- estimez la durée à partir du dénivelé et de votre rythme réel, pas de celui annoncé en ligne ;
- fixez une heure limite de demi-tour et tenez-la ;
- prévenez un proche de votre itinéraire et de votre heure de retour ;
- en cas d’urgence, composez le 112, valable dans toute l’Union européenne.
S’équiper correctement
En montagne, l’équipement ne se négocie pas : chaussures adaptées au terrain, vêtements en couches, veste imperméable, protection solaire, carte ou trace GPS, frontale et trousse de secours. Pastilles de réhydratation et aliments salés complètent l’eau lors des journées chaudes. Retrouvez l’essentiel dans nos conseils de sécurité en randonnée, et apprenez à réagir face à un orage, autre danger majeur de l’été.
Partager de façon responsable
Chacun peut contribuer à une information plus juste. Quand vous publiez une randonnée, indiquez la distance, le dénivelé, la durée, les passages délicats, les conditions du jour et l’équipement utilisé. Renvoyer vers les sources officielles plutôt que de relayer des contenus viraux sans contexte aide la communauté à mieux se préparer.
Ce que ce bilan doit changer
Les 83 décès recensés par le CNSAS en un mois rappellent que la montagne reste un milieu engagé, même sur des itinéraires célèbres et très fréquentés. La surfréquentation, les images sans contexte, l’instabilité croissante du terrain et la chaleur se combinent pour augmenter le risque.
La réponse n’est pas de renoncer à la montagne, mais de revenir aux fondamentaux : choisir un itinéraire à son niveau, se renseigner à des sources fiables, partir tôt, s’équiper et savoir faire demi-tour. Avant votre prochaine sortie dans les Dolomites, notre sélection des plus beaux sentiers du massif vous aidera à choisir un parcours adapté.
Questions fréquentes
Combien de personnes sont mortes en montagne en Italie à l’été 2025 ?
Selon le Corps national de secours alpin et spéléologique italien (CNSAS), 83 personnes sont mortes dans la montagne italienne entre le 21 juin et le 23 juillet 2025. Ce bilan concerne l’ensemble des activités de montagne, de la randonnée à l’alpinisme, et pas seulement les Dolomites.
Les réseaux sociaux rendent-ils la montagne plus dangereuse ?
Ils ne sont pas une cause directe d’accident, mais ils peuvent y contribuer. En valorisant des images spectaculaires sans contexte, ils attirent sur des sites exigeants des personnes parfois mal préparées et concentrent la fréquentation sur quelques lieux. Les secouristes appellent à compléter ces contenus par des sources fiables.
Quelles sont les principales causes d’accident en randonnée ?
Les chutes et glissades, les malaises (souvent cardiaques ou liés à la chaleur), l’égarement et la sous-estimation de l’itinéraire ou de la météo figurent parmi les causes les plus fréquentes. Beaucoup d’accidents surviennent sur des terrains réputés faciles, en fin de journée, lorsque la fatigue s’installe.
Comment bien préparer une randonnée en montagne ?
Vérifiez la météo de montagne la veille et le matin, lisez un topo récent, estimez le dénivelé et la durée selon votre niveau et prévenez un proche de votre itinéraire. Emportez eau, vêtements chauds et imperméables, carte ou trace GPS, frontale et trousse de secours, et fixez-vous une heure limite de demi-tour.
Sources et liens utiles
Article rédigé et mis à jour par la rédaction de Randonnée Montagne à partir de sources publiques (offices de tourisme, parcs, fédérations, données fabricants). Les conditions en montagne changent vite : vérifiez toujours la météo, l’état des sentiers et la réglementation locale avant de partir. Notre charte éditoriale.
