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Everest : le projet de loi népalais qui veut écarter les alpinistes débutants

Everest : le projet de loi népalais qui veut écarter les alpinistes débutants
En bref

Au printemps 2025, le Népal a déposé un projet de loi sur le tourisme qui obligerait tout candidat à l’Everest (8 849 m) à avoir déjà gravi au moins un sommet népalais de plus de 7 000 mètres, à fournir un certificat médical reconnu par l’État et à grimper avec un guide népalais. Parallèlement, le permis de printemps est passé de 11 000 à 15 000 dollars en septembre 2025.

À retenir
  • Le projet de loi népalais déposé en avril 2025 exige d’avoir gravi au moins un sommet de plus de 7 000 m au Népal avant de tenter l’Everest.
  • Le texte prévoit aussi un certificat médical délivré par un établissement reconnu par le Népal et l’accompagnement par un guide népalais.
  • La redevance d’ascension de printemps pour les étrangers est passée de 11 000 à 15 000 dollars à partir de septembre 2025, soit environ 36 % de hausse.
  • En 2019, le Népal a délivré un record de 381 permis pour l’Everest et la saison a compté onze morts, dont plusieurs liés aux embouteillages près du sommet.
  • Les déchets et les déjections humaines sur les camps d’altitude sont l’autre raison avancée pour mieux encadrer l’accès à la montagne.
Sommaire
  1. Que prévoit la nouvelle loi népalaise sur l’Everest ?
  2. Pourquoi l’Everest est-il devenu trop fréquenté ?
  3. Quelles sont les autres raisons de cette décision ?
  4. Qu’est-ce que cela change pour les alpinistes qui visent l’Everest ?
  5. Un tournant pour l’alpinisme himalayen

Gravir l’Everest (8 849 m), point culminant de la planète, reste le rêve d’une vie pour de nombreux alpinistes. Mais la montagne est devenue, au fil des saisons, le théâtre d’embouteillages mortels, d’accidents évitables et d’une pollution croissante. Pour y répondre, le Népal veut mettre fin à l’époque où l’argent suffisait à obtenir un permis.

En avril 2025, un projet de loi sur le tourisme a été déposé au Parlement népalais. Il réserverait l’ascension de l’Everest aux alpinistes déjà expérimentés en très haute altitude. Cet article fait le point sur ce que prévoit le texte, sur les raisons de cette décision et sur ce qu’elle change pour ceux qui préparent une expédition.

Vidéo : Everest : le projet de loi népalais qui veut écarter les alpinistes débutants

Que prévoit la nouvelle loi népalaise sur l’Everest ?

Alpinistes en file sur une arête enneigée de l’Everest, dans l’Himalaya népalais

Le projet de loi exige qu’un candidat à l’Everest ait déjà gravi au moins un sommet népalais de plus de 7 000 mètres. Cette condition vise à écarter les clients sans expérience de la haute altitude, qui mettent en danger leur propre vie, celle des sherpas et celle des autres cordées.

Le texte, déposé au printemps 2025 devant la chambre haute du Parlement népalais, doit franchir plusieurs étapes avant d’entrer en vigueur. La rédaction recommande donc de vérifier son statut exact auprès des autorités népalaises ou d’une agence agréée avant toute inscription à une expédition.

Les conditions exigées des alpinistes

Pour obtenir un permis d’ascension de l’Everest, les alpinistes devraient notamment :

  • avoir réussi l’ascension d’un sommet népalais de plus de 7 000 mètres (par exemple l’Himlung Himal ou le Baruntse, souvent choisis comme préparation) ;
  • présenter un certificat médical délivré par un établissement de santé reconnu par l’État népalais ;
  • être accompagnés d’un guide népalais qualifié pendant l’ascension ;
  • s’acquitter de la redevance d’ascension, relevée en 2025.
ÉlémentAvantAvec les nouvelles règles
Expérience exigéeAucune condition formelleUn sommet népalais de plus de 7 000 m (projet de loi)
Certificat médicalExigé, sans établissement désignéDélivré par un établissement reconnu par le Népal (projet de loi)
Redevance de printemps (étranger)11 000 $15 000 $ depuis septembre 2025
GuideEncadrement par agenceGuide népalais obligatoire

Pourquoi l’Everest est-il devenu trop fréquenté ?

Camp d’altitude sous le sommet de l’Everest, tentes et alpinistes sur la neige

L’Everest est devenu trop fréquenté parce que des expéditions commerciales proposent, depuis les années 1990, des ascensions encadrées à des clients parfois peu expérimentés. Depuis la première ascension d’Edmund Hillary et du sherpa Tenzing Norgay, le 29 mai 1953, le sommet est passé du statut d’exploit réservé à quelques pionniers à celui de produit touristique haut de gamme.

Les formules « clés en main » incluent guides, cordes fixes, oxygène et logistique. Elles ont ouvert la montagne à des alpinistes qui n’avaient jamais affronté la très haute altitude. Les images de files d’attente sur l’arête sommitale, dans la zone de la mort située au-dessus de 8 000 mètres, où l’oxygène manque, ont fait le tour du monde.

2019, l’année des embouteillages

La saison 2019 reste le symbole de cette dérive. Le Népal a délivré cette année-là un record de 381 permis pour l’Everest, et onze alpinistes sont morts pendant la saison, dont plusieurs après de longues attentes près du sommet dans le froid et l’hypoxie. Ces accidents ont relancé le débat sur un encadrement plus strict des ascensions.

Chaque saison, les causes de décès reviennent : œdème cérébral ou pulmonaire de haute altitude, épuisement, gelures, chutes, avalanches dans la cascade de glace du Khumbu. Une partie de ces drames est liée à une préparation insuffisante ou à une mauvaise connaissance de ses limites.

Quelles sont les autres raisons de cette décision ?

Sommets de l’Himalaya autour de l’Everest vus depuis la vallée du Khumbu au Népal

Outre la sécurité, le Népal veut réduire l’impact environnemental de la fréquentation. Bouteilles d’oxygène vides, tentes abandonnées, cordes usagées et déjections humaines s’accumulent sur les camps d’altitude, où le froid empêche toute décomposition. L’Everest est souvent qualifié de « plus haute décharge du monde ».

En 2024, un responsable local de la région du Khumbu, cité par la BBC, déplorait que « nos montagnes commencent à sentir mauvais ». Depuis, les alpinistes doivent redescendre leurs excréments dans des sacs prévus à cet effet au-dessus du camp de base, et des campagnes de nettoyage sont organisées chaque printemps.

Un équilibre économique délicat

L’alpinisme est une ressource majeure pour le Népal, l’un des pays les moins riches d’Asie. Les redevances de l’Everest rapportent plusieurs millions de dollars par an à l’État, sans compter les emplois de guides, porteurs, cuisiniers et lodges de la vallée du Khumbu.

La hausse de la redevance de printemps, de 11 000 à 15 000 dollars depuis septembre 2025, doit compenser en partie la baisse probable du nombre de candidats. Le pari du gouvernement : moins d’alpinistes, mieux préparés, pour une montagne plus sûre et une ressource touristique préservée à long terme.

Qu’est-ce que cela change pour les alpinistes qui visent l’Everest ?

Concrètement, un projet d’Everest devient un projet de plusieurs années. Il faut d’abord acquérir une solide expérience de l’alpinisme glaciaire et de la haute montagne, par exemple dans les Alpes, puis passer par des sommets de 6 000 mètres, et enfin réussir un 7 000 mètres au Népal avant de postuler.

  1. Se former aux techniques d’alpinisme (cramponnage, progression encordée, sauvetage en crevasse) avec un guide ou un club.
  2. S’équiper correctement, à commencer par des chaussures d’alpinisme adaptées à la haute montagne.
  3. Apprendre à gérer l’altitude : les principes de base sont détaillés dans notre guide pour s’acclimater en randonnée d’altitude.
  4. Gravir un sommet népalais de plus de 7 000 mètres avec une agence agréée.
  5. Consulter un médecin, idéalement spécialisé en médecine de montagne, avant toute expédition.

Pour les randonneurs qui ne visent pas le sommet, le Népal reste accessible : le trek du camp de base de l’Everest (environ 5 364 m) ne nécessite pas de permis d’ascension. Il demande toutefois une bonne acclimatation. Pour d’autres idées, consultez nos lieux insolites de trekking dans l’Himalaya.

Un tournant pour l’alpinisme himalayen

Si elle est adoptée, cette loi marquera un retour à une vision plus exigeante de l’alpinisme : l’Everest n’est pas un parc d’attractions, mais un milieu extrême qui demande préparation, humilité et expérience. Elle pourrait aussi inspirer d’autres pays confrontés à la surfréquentation de leurs sommets emblématiques.

Pour les alpinistes, le message est clair : l’accès au toit du monde se mérite désormais par un parcours progressif, et non par le seul prix du permis. Avant toute expédition, vérifiez les règles en vigueur au moment de votre départ.

Questions fréquentes

Faut-il avoir gravi un 7 000 mètres pour monter sur l’Everest ?

C’est ce que prévoit le projet de loi sur le tourisme déposé au Népal en avril 2025 : avoir réussi l’ascension d’au moins un sommet népalais de plus de 7 000 mètres. Le processus législatif népalais étant long, il faut vérifier auprès du Département du tourisme ou d’une agence agréée si la règle est entrée en vigueur avant de planifier une expédition.

Combien coûte le permis pour gravir l’Everest ?

Depuis septembre 2025, la redevance d’ascension pour un étranger est de 15 000 dollars par personne au printemps, la saison principale, contre 11 000 dollars auparavant. Elle est plus basse à l’automne et en hiver. Une expédition complète, avec agence, oxygène, guides et logistique, coûte en pratique beaucoup plus cher, souvent plusieurs dizaines de milliers de dollars.

Pourquoi le Népal veut-il limiter l’accès à l’Everest ?

Le Népal cherche à réduire les accidents liés à l’inexpérience, les embouteillages dans la zone de la mort au-dessus de 8 000 mètres et l’accumulation de déchets sur la montagne. Il s’agit aussi de préserver l’image et la valeur touristique de l’Everest, qui rapporte chaque année plusieurs millions de dollars de redevances à l’État.

La loi s’applique-t-elle aussi au versant tibétain de l’Everest ?

Non. Le texte ne concerne que les ascensions depuis le Népal, par le versant sud. Le versant nord, au Tibet, relève des autorités chinoises, qui fixent leurs propres conditions d’accès, de permis et d’encadrement.

Sources et liens utiles

Article rédigé et mis à jour par la rédaction de Randonnée Montagne à partir de sources publiques (offices de tourisme, parcs, fédérations, données fabricants). Les conditions en montagne changent vite : vérifiez toujours la météo, l’état des sentiers et la réglementation locale avant de partir. Notre charte éditoriale.