Le 30 janvier 2025, le Parlement néo-zélandais a adopté une loi qui fait du mont Taranaki (2 518 m), volcan de l’île du Nord, une personne juridique nommée Te Kāhui Tupua. La montagne et les sommets voisins sont représentés par une entité paritaire associant les iwi (tribus maories) de Taranaki et l’État. L’accès public et les sentiers de randonnée restent ouverts.
- Le Taranaki Maunga Collective Redress Act, adopté le 30 janvier 2025, reconnaît le mont Taranaki et les sommets voisins comme une personne juridique, Te Kāhui Tupua.
- La montagne est représentée par Te Tōpuni Kōkōrangi, une instance composée à parts égales de membres désignés par les iwi de Taranaki et par le ministre de la Conservation.
- La loi s’inscrit dans un accord de réparation avec les tribus maories, dont les terres avaient été confisquées au XIXe siècle.
- La Nouvelle-Zélande avait déjà reconnu une personnalité juridique à Te Urewera (2014) et au fleuve Whanganui (2017).
- Pour les randonneurs, l’accès au parc et à ses sentiers est maintenu ; le respect du caractère sacré du sommet est attendu.
Sommaire
- Qu’est-ce que le mont Taranaki ?
- Que dit la loi de janvier 2025 ?
- Qu’est-ce qui change pour les randonneurs ?
- La Nouvelle-Zélande, pionnière des droits de la nature
- Quels autres sites naturels ont des droits dans le monde ?
- Et en France, une montagne pourrait-elle avoir des droits ?
- Une nouvelle manière de regarder les montagnes
Une montagne peut-elle avoir des droits, comme une personne ? Depuis janvier 2025, la réponse est oui en Nouvelle-Zélande. Le Parlement du pays a reconnu le mont Taranaki, volcan emblématique de l’île du Nord, comme une personne juridique à part entière, sous le nom maori de Te Kāhui Tupua.
Cette décision a fait le tour des médias internationaux, souvent résumée de manière approximative. La rédaction fait le point sur ce que dit réellement la loi, sur son origine, sur ce qu’elle change pour les randonneurs qui arpentent les pentes du volcan, et sur les autres sites naturels du monde dotés de droits comparables.
Ce sujet concerne directement les amoureux de la montagne : il interroge notre rapport aux sommets que nous gravissons et la manière de les protéger à l’heure où glaciers et écosystèmes d’altitude sont fragilisés par le réchauffement climatique.

Qu’est-ce que le mont Taranaki ?

Le mont Taranaki est un stratovolcan de 2 518 mètres situé sur la côte ouest de l’île du Nord de la Nouvelle-Zélande, à une trentaine de kilomètres de la ville de New Plymouth. Son cône presque parfaitement symétrique, souvent comparé à celui du mont Fuji, domine une plaine agricole et se voit de très loin par temps clair.
Le volcan est considéré comme actif, même si sa dernière éruption notable remonte au XVIIIe siècle. Il est entouré d’une forêt pluviale dense, protégée depuis 1900 par un parc national longtemps appelé Egmont National Park. Le capitaine James Cook avait baptisé la montagne « mont Egmont » en 1770 ; la nouvelle loi entérine la disparition de ce nom colonial au profit des noms maoris, et le parc s’appelle désormais Te Papa-Kura-o-Taranaki.
Pour les huit iwi (tribus) de la région, regroupés sous le nom de Ngā Iwi o Taranaki, la montagne n’est pas un décor : c’est un ancêtre, lié à leur généalogie et à leurs récits fondateurs. Cette vision est au cœur de la loi de 2025.
Que dit la loi de janvier 2025 ?
Adoptée en troisième lecture le 30 janvier 2025, la loi dite Taranaki Maunga Collective Redress Act reconnaît le mont Taranaki, les sommets voisins et les terres qui les entourent comme une entité vivante et indivisible, dotée de la personnalité juridique : Te Kāhui Tupua. Concrètement, la montagne possède désormais, en droit, les droits, pouvoirs, devoirs et responsabilités d’une personne.
Qui parle au nom de la montagne ?
Une montagne ne pouvant pas agir seule, la loi crée une instance chargée de la représenter : Te Tōpuni Kōkōrangi. Elle réunit à parts égales des membres désignés par les iwi de Taranaki et des membres désignés par le ministre de la Conservation. Son rôle est de parler au nom de la montagne et de veiller à ses intérêts, un peu comme les administrateurs d’une fondation.
La gestion quotidienne du parc (entretien des sentiers, refuges, sécurité) reste assurée par le Department of Conservation, l’agence publique néo-zélandaise chargée des espaces protégés, en lien avec cette nouvelle instance.
Une loi de réparation historique
La loi s’inscrit dans le processus des « Treaty settlements », qui vise à réparer les violations du traité de Waitangi signé en 1840 entre la Couronne britannique et des chefs maoris. En 1865, dans le contexte des guerres de Nouvelle-Zélande, l’État colonial avait confisqué de vastes terres de la région de Taranaki, dont la montagne. La loi de 2025 s’accompagne d’excuses officielles de la Couronne pour ces confiscations.
Il ne s’agit donc pas d’un simple outil environnemental, mais d’un compromis politique et culturel : la montagne n’est « rendue » à personne en propriété, elle devient propriétaire d’elle-même.
Qu’est-ce qui change pour les randonneurs ?

Pour le randonneur, la réponse courte est : l’accès reste ouvert. La loi garantit le maintien de l’accès public au parc et à ses sentiers. Les activités de plein air (randonnée, alpinisme, ski de randonnée) peuvent continuer, dans le cadre des règles habituelles d’un parc national.
Ce qui évolue, c’est l’état d’esprit attendu. Les iwi rappellent de longue date que le sommet est un lieu sacré, assimilé à la tête d’un ancêtre : il est demandé de s’y comporter avec respect, de ne rien y laisser et de ne pas le traiter comme un simple trophée. La nouvelle gouvernance pourra aussi peser sur les futurs aménagements, par exemple de nouvelles infrastructures ou des événements sportifs.
Les principales randonnées du mont Taranaki
Le massif offre plusieurs itinéraires réputés, parmi les classiques de la randonnée en Nouvelle-Zélande, pays qui figure régulièrement parmi les meilleurs sentiers de randonnée au monde. Les données ci-dessous sont indicatives et à vérifier auprès du Department of Conservation avant le départ.
| Itinéraire | Distance | Durée indicative | Niveau |
|---|---|---|---|
| Pouākai Crossing (traversée à la journée) | Environ 19 km | 7 à 9 h | Difficile |
| Ascension du sommet depuis North Egmont | Environ 12 km aller-retour, près de 1 600 m de dénivelé | 8 à 10 h | Très difficile, alpin |
| Tour de la montagne (Around the Mountain Circuit) | Environ 50 km | 4 à 5 jours | Difficile |
Une montagne réputée dangereuse
Le Taranaki est l’une des montagnes les plus meurtrières de Nouvelle-Zélande. Isolé face à la mer de Tasman, il subit des changements de météo très rapides : brouillard, vent violent, neige et verglas, y compris en été. L’ascension du sommet emprunte des pierriers et, hors saison estivale, des pentes glacées qui exigent crampons, piolet et expérience de l’alpinisme. Il est indispensable de consulter la météo de montagne locale, de déclarer son itinéraire à un proche et, en cas d’urgence, d’appeler le 111, numéro d’urgence néo-zélandais.
La Nouvelle-Zélande, pionnière des droits de la nature
Le Taranaki n’est pas le premier élément naturel à obtenir une personnalité juridique en Nouvelle-Zélande : il est le troisième, après une forêt et un fleuve, selon le même modèle de représentation partagée entre Maoris et État.
- Te Urewera (2014) : ancienne forêt protégée en parc national de l’île du Nord, devenue entité juridique propriétaire d’elle-même, gérée avec la tribu Tūhoe.
- Le fleuve Whanganui (2017) : reconnu sous le nom de Te Awa Tupua comme un tout vivant, « des montagnes à la mer », avec deux gardiens, l’un désigné par les iwi, l’autre par l’État.
- Le mont Taranaki (2025) : Te Kāhui Tupua, première montagne du pays dotée de ce statut.
Ce modèle néo-zélandais repose sur un même principe : traduire en droit occidental une vision maorie où la nature est un parent et non une ressource.
Quels autres sites naturels ont des droits dans le monde ?
La reconnaissance de droits à la nature progresse dans plusieurs pays, sous des formes juridiques très différentes et avec une portée variable. Il faut distinguer les lois votées, les décisions de justice et les déclarations symboliques.
| Pays | Élément naturel | Année | Forme |
|---|---|---|---|
| Équateur | La nature (Pachamama) dans son ensemble | 2008 | Constitution |
| Nouvelle-Zélande | Te Urewera, fleuve Whanganui, mont Taranaki | 2014, 2017, 2025 | Lois |
| Colombie | Fleuve Atrato, puis Amazonie colombienne | 2016, 2018 | Décisions de la Cour constitutionnelle puis de la Cour suprême |
| Inde | Gange et Yamuna | 2017 | Décision de la Haute Cour de l’Uttarakhand, suspendue par la Cour suprême la même année |
| Bangladesh | Ensemble des rivières du pays | 2019 | Décision de la Haute Cour |
| Canada (Québec) | Rivière Magpie (Mutehekau Shipu) | 2021 | Résolutions d’un conseil innu et d’une municipalité régionale |
| Espagne | Lagune du Mar Menor | 2022 | Loi, première en Europe |
Des résultats contrastés
Ces statuts n’ont pas tous la même efficacité. Le cas indien est instructif : la décision de la Haute Cour de l’Uttarakhand, en mars 2017, a été suspendue quelques mois plus tard par la Cour suprême, notamment parce qu’elle posait des questions de responsabilité juridique (qui est responsable en cas d’inondation ?). En Équateur, les droits constitutionnels de la nature ont été invoqués avec succès dans plusieurs procès, notamment pour protéger des forêts contre des projets miniers. En Colombie, l’application des décisions sur l’Atrato et l’Amazonie reste difficile face à la déforestation et à l’orpaillage illégal.
Plusieurs de ces territoires sont aussi des destinations de trek, de l’Himalaya indien, où se trouvent certains des lieux de trekking les plus insolites, jusqu’aux Andes équatoriennes. En Afrique de l’Est, aucun sommet n’a pour l’instant obtenu un tel statut, mais les montagnes comme le mont Kenya sont protégées par des parcs nationaux et des réserves de biosphère ; le guide des meilleurs sentiers de randonnée au Kenya présente ces massifs.
Et en France, une montagne pourrait-elle avoir des droits ?
Pas en l’état du droit : le droit français ne reconnaît pas de personnalité juridique à un fleuve, une forêt ou une montagne. La nature y est protégée comme un patrimoine commun, par des outils classiques : parcs nationaux, réserves naturelles, sites classés, arrêtés de protection de biotope.
Des initiatives citoyennes s’inspirent toutefois du modèle néo-zélandais. En Corse, un collectif a proclamé en 2021 une déclaration des droits du fleuve Tavignanu, pour s’opposer à un projet de stockage de déchets dans sa vallée. Ce texte a une portée symbolique et politique, mais aucune valeur contraignante. D’autres démarches, comme le « parlement de Loire », explorent l’idée de donner une voix aux cours d’eau. Pour découvrir l’île de Beauté à pied, la sélection de refuges de montagne en Corse permet d’approcher ces vallées.
Ce que chaque randonneur peut faire
Sans attendre une évolution du droit, l’esprit de la loi Taranaki peut inspirer la pratique de chacun en montagne :
- rester sur les sentiers balisés pour limiter l’érosion et le piétinement de la flore ;
- redescendre tous ses déchets, y compris organiques ;
- respecter la réglementation des parcs nationaux (chiens, bivouac, cueillette, drones) ;
- respecter le pastoralisme, les troupeaux et les chiens de protection, comme le rappelle le guide pour randonner dans les Pyrénées en respectant l’environnement ;
- s’informer sur l’histoire et la culture des lieux traversés, en particulier les sites sacrés pour les populations locales.
Une nouvelle manière de regarder les montagnes
La loi sur le mont Taranaki ne ferme pas la montagne aux marcheurs : elle change le regard porté sur elle. En faisant du volcan un sujet de droit représenté par ses gardiens maoris et par l’État, la Nouvelle-Zélande combine réparation historique et protection de l’environnement. Pour les randonneurs qui prévoient de gravir le Taranaki ou de parcourir la Pouākai Crossing, le meilleur réflexe reste de consulter le Department of Conservation avant le départ et d’aborder le sommet avec le respect dû à un ancêtre.
Questions fréquentes
Pourquoi le mont Taranaki est-il une personne juridique ?
Pour les Maoris de la région de Taranaki, la montagne est un ancêtre et non une simple ressource. La loi de janvier 2025 traduit juridiquement cette vision dans le cadre d’un accord de réparation entre l’État néo-zélandais et huit iwi, dont les terres avaient été confisquées au XIXe siècle. Elle donne à la montagne des droits propres, défendus par des représentants désignés.
Peut-on toujours randonner sur le mont Taranaki ?
Oui. La loi maintient l’accès public au parc national et à ses sentiers, dont la gestion courante reste assurée par le Department of Conservation. Les randonneurs sont invités à respecter le caractère sacré de la montagne, notamment au sommet, et à suivre les consignes locales.
Quelle est l’altitude du mont Taranaki ?
Le mont Taranaki culmine à 2 518 mètres. C’est un stratovolcan au cône presque parfait, situé sur la côte ouest de l’île du Nord de la Nouvelle-Zélande, près de la ville de New Plymouth. Il était aussi connu sous le nom colonial de mont Egmont.
Quels autres éléments naturels ont une personnalité juridique ?
En Nouvelle-Zélande, Te Urewera (2014) et le fleuve Whanganui (2017) ont précédé le Taranaki. Ailleurs, l’Équateur a inscrit les droits de la nature dans sa Constitution en 2008, la Colombie a reconnu des droits au fleuve Atrato (2016) et à l’Amazonie colombienne (2018), et l’Espagne a doté la lagune du Mar Menor d’une personnalité juridique en 2022.
Une montagne peut-elle avoir des droits en France ?
Non, le droit français ne reconnaît pas de personnalité juridique à un élément naturel. Des initiatives symboliques existent, comme la déclaration des droits du fleuve Tavignanu en Corse en 2021, mais elles n’ont pas de valeur légale contraignante. La protection des montagnes françaises passe par les parcs nationaux, les réserves et les sites classés.
Sources et liens utiles
Article rédigé et mis à jour par la rédaction de Randonnée Montagne à partir de sources publiques (offices de tourisme, parcs, fédérations, données fabricants). Les conditions en montagne changent vite : vérifiez toujours la météo, l’état des sentiers et la réglementation locale avant de partir. Notre charte éditoriale.
